Au nom de la vérité de mon histoire vraie qui a basculé près de chez vous

200511299_004Je viens de finir mon premier scénario pour la scripted-reality.

La scripted-quoi ?

Mais si, vous savez, le truc que vous regardez un peu honteusement à la télévision. Les romans-photos version deux point zéro dont toutes les chaînes sont si friandes. Les performances d’acteurs qui font passer les comédiens d’« Hélène et les garçons » pour des disciples de Stanislavski. Ces fictions low-cost qui sont financées grâce à vos impôts. Si si, ça s’appelle l’aide à la création française ! C’est ça la scripted-reality.

Alors, c’est l’histoire de Tom qui aime Belinda mais qui n’ose pas s’engager parce qu’il porte un lourd secret et que les fantômes du passé l’empêchent d’avancer alors que Belinda s’abandonne dans les bras de Pierre, le meilleur ami de Tom parce qu’elle ne comprend pas la froideur de Tom et que après plein de rebondissements, tous aussi crédibles les uns que les autres, Tom et Belinda finissent par se rendre compte qu’ils ne peuvent pas vivre l’un sans l’autre parce que de toute façon Pierre est une crapule qui profite de la faiblesses des autres et qu’il a toujours été jaloux de Tom.

Vous avez suivi ? Bon, prenez vos stylos, il y a interro écrite. Et ce sera un zéro pointé pour ceux qui ont loupé un épisode.

Voilà, je me suis bien amusée.

 

Les dialogues, c’est pas du Audiard, mais j’ai quand même réussi à glisser quelques âneries. On ne se refait pas. Quant aux situations, elles ne sont jamais caricaturales. Non, non, non. Ou alors juste un peu. Priorité est donnée à la créativité de l’auteur. Ca c’est un point essentiel :

–       A la page 13, tu pourrais m’écrire une scène où Belinda irait se promener avec sa meilleure amie Justine. Tu vois ?

–       Pour quelle raison ?

–       Parce que ça fait 3 pages qu’on les a plus vues.

–       Et ?

–       Comme on n’a pas assez de budget pour avoir beaucoup de comédiens, autant bien les rentabiliser !

–       Oui mais bon, elles n’ont rien à se dire là. Il va se passer quoi ?

–       Tu vas bien trouver…

Voyons, je ne sais pas moi. Elles pourraient aller faire des courses, parce qu’elles n’auraient plus de papier toilette à la maison ? Ou alors on dirait qu’elles ont rendez-vous avec leur conseiller Pôle Emploi ? Ah mais non, je suis bête : dans la vraie vie, les gens ne font jamais ça.

Du coup, j’ai cherché autre chose. Et j’ai bien ri.

 

Il y a aussi le « directeur de collection » qui t’appelle pour t’aider à redéfinir tes personnages. Vous vous demandez, c’est quoi « rédéfinir les personnages » ? Eh bien, c’est ça :

–       Est-ce qu’on pourrait pas imaginer un autre métier pour Tom ? On n’a pas assez de profils CSP moins. C’est une demande expresse de la chaîne.

–       …si c’est une demande de la chaîne !

–       Faut pas être trop élitiste.

–       Pizzaïolo ?

–       Oui voilà, c’est nickel. Pense aussi à la diversité ethnique. La chaîne voudrait qu’on « leur » donne des rôles principaux.

–       Ah okay ! Tom pourrait s’appelle Abdoulaye ou Mokhtar par exemple ?

–       Faut pas exagérer quand même ! Tu ne pourrais pas voir pour un prénom un peu moins… enfin un peu plus… tu comprends ?

–       Mmmm !

–       … bon enfin, tu vas trouver.

Bref j’ai trouvé. Et ça m’a encore fait ricaner.

 

Bon voilà. Tout ça pour vous dire qu’un de ces jours, quand vous materez en loucedé un épisode d’Au nom de la vérité de mon histoire vraie qui a basculé près de chez vous ce sera peut-être moi la coupable. Et le pire c’est que je compte bien récidiver.

Je ne suis pas sûre que ce soit aussi intéressant à regarder qu’à écrire. Mais en tous les cas, moi… je me suis drôlement marrée.

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4 commentaires pour Au nom de la vérité de mon histoire vraie qui a basculé près de chez vous

  1. C’est avec trois paires de lunettes que j’ai lu ton histoire.
    J’aurais eu une quatrième paire si j’avais été téléspectateur, mais par un hasard bien fait de l’existence, je n’ai plus de télévision depuis l’adolescence.
    La première paire de lunettes est celle du comédien, bon, ça ne donne pas envie et c’est quasiment impossible d’être à peu près bon quand on tourne un 42 minutes en une demi-journée avec des « on coupera au montage » faute de « elle est bonne » (qui, quoi ? hum).
    Seconde paire, celle de l’auteur : rhhhhhaaaaa (l’auteur n’est pas très loquace mais son ressenti est celui d’un artiste donc on le comprend, et puis l’exception culturelle, c’est aussi un peu lui).
    Troisième et dernière paire, celle du jongleur : ah comme je t’envie de t’être autant amusée ! Nul doute que je me serais amusé aussi.
    Merci pour ce moment ;p
    Victor.

  2. Bonjour, bravo pour ton article très drôle ! je t’invite à découvrir une parodie de scripted reality, vue du côté des comédiens 😉

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